Les militaires paient parfois de leur santé leur engagement au sein des Forces canadiennes. Des anciens combattants accusent le gouvernement fédéral de les oublier une fois leur service terminé. «Le seul hôpital pour vétérans au Canada est à Sainte-Anne-de-Bellevue. J'y ai été admis 28 jours, mais on m'a sorti, car je demandais trop de soins, alors qu'il y a beaucoup de gens en gériatrie qui peuvent y rester», confie Pascal Lacoste, ancien combattant qui se dit intoxiqué à l'uranium (voir autre texte). Il a multiplié les démarches pour faire reconnaître son état de santé et recevoir les soins adéquats. En désespoir de cause, le vétéran amorcera, ce midi, une grève de la faim devant le bureau du ministre Steven Blaney. Il n'est pas le seul à se plaindre des difficultés qu'il rencontre. Seul et en détresse «Quand je suis sorti des Forces, je n'ai pas eu d'offre d'assistance, témoigne Carlos Steiner, ancien réserviste de l'infanterie déployé en Bosnie. Je n'ai pas demandé d'aide. Ce n'est pas tous les gars qui ont un traumatisme de stress opérationnel (TSO) qui le savent. J'ai souffert seul pendant 14 ans.» Selon le ministère des Anciens Combattants, l'aide est fournie selon certains critères, qui diffèrent d'un programme à l'autre. Pour la plupart d'entre eux, il faut faire la preuve d'une invalidité liée au service militaire et d'un besoin de santé. Pour d'autres, le revenu des vétérans entre en ligne de compte. Pascal Lacoste, lui, a reçu 58 000$ en montant forfaitaire pour ses problèmes de santé mentale. Il estime que cet argent devrait plutôt être donné en versements. «Tu vis un certain temps en mission sans femme, sans alcool. Quand tu reviens, avec un TSO, tu es lâché lousse avec plein d'argent. Est-ce que tu le mets dans tes REER? Non, tu le dépenses au complet!», illustre-t-il. Difficile de se faire aider «L'aide financière est très dure à obtenir. Les critères pour être éligible, ne serait-ce qu'au premier palier, sont trop restrictifs», estime Sylvain Chartrand, qui a servi comme réserviste, pendant 21 ans, dans une unité blindée et aux communications. Certains vétérans soutiennent que toute excuse est bonne pour limiter le montant forfaitaire versé en cas de blessure. Au Ministère, on indique que si un ancien combattant ne satisfait pas aux critères d'admissibilité, il sera dirigé vers d'autres organismes qui pourraient offrir de l'assistance. «Si tu veux contester, ils te payent un avocat... de leur bureau ou ils t'en fournissent un», note Martin Fréchette, vétéran du 5e régiment d'artillerie légère (voir autre texte). Une bureaucratie trop lourde Les programmes du Ministère sont multiples. Il est difficile de s'y retrouver. «Ils disent qu'on a des soins, mais la surcharge bureaucratique nuit à tout ça», soutient Michel Bouffard, vétéran du Royal 22e régiment. Le Ministère rétorque que de l'aide est fournie durant le processus de demande, notamment pour la collecte et la présentation des documents. Il a toutefois refusé de commenter les situations particulières de ces anciens combattants. Le ministre Steven Blaney a aussi décliné la demande d'entrevue du Journal. Il a cependant fait la déclaration suivante par courriel: «À titre de ministre des Anciens Combattants, ma priorité est de m'assurer que nos vétérans reçoivent tous les services et soins dont ils ont besoin. C'est aussi pour cette raison que je souhaite simplifier la vie de nos vétérans en éliminant la paperasserie inutile». LES VÉTÉRANS EN CHIFFRESAnciens combattants ayant servi en temps de guerre 49 829 Anciens combattants des Forces canadiennes 60 517 Survivants de plus de 25 ans participant au PAAC** 38 814 ** Programme d'aide aux anciens combattants Sources: Cabinet du ministre des Anciens Combattants et Anciens Combattants Canada ![]() Pascal Lacoste 38 ans Il a servi dans le Royal 22e régiment, dès 1991. Il a été déployé en Bosnie (1995-1996) et au Timor oriental (1999-2000). Il se dit contaminé à la poussière d'uranium appauvri, que l'on retrouvait trouvait notamment sur le blindage de véhicules en Bosnie et dans différents types de munitions. En plus de l'avoir rendu stérile et d'augmenter les risques de cancer, cela lui cause des problèmes neurologiques dégénératifs. Si certains jours, il a l'air tout à fait normal, il doit parfois rester alité pendant des semaines. Pour obtenir des soins, il doit prouver au ministère des Anciens Combattants que cette intoxication est liée à son service militaire. Pour l'instant, il dit ne recevoir que des soins de confort. «Ça fait 12 ans que ça niaise. Si le Ministère n'accepte pas les soins, je vais en déduire que le Canada veut me laisser mourir.» ![]() Martin Fréchette 35 ans Membre du 5e régiment d'artillerie légère du Canada de 1996 à 2004. Blessé à un genou, il a été libéré des Forces canadiennes en 2004. Il s'estime chanceux, car il a été blessé avant l'application de la nouvelle Charte des anciens combattants de 2006. Il bénéficie des mesures de l'ancienne et de la nouvelle charte. Il reçoit une pension d'invalidité à vie chaque mois, alors que cette prestation est aujourd'hui versée sous forme de montant forfaitaire. ![]() Michel Bouffard 39 ans Il a servi dans le Royal 22e régiment et le Régiment aéroporté de 1991 à 2001. Il dit souffrir d'un trouble de stress post-traumatique sévère, ainsi que de plusieurs séquelles physiques: problèmes de dos, arthrose, dégénérescence de disque et problèmes d'estomac liés à la médication pour le stress. «Je n'avais pas de problèmes de santé avant de m'enrôler, mais le ministère des Anciens Combattants refuse de payer pour mes problèmes physiques», indique-t-il. On lui a accordé un suivi par un psychologue, qu'il voit depuis six mois. «Le Ministère tarde à le payer, alors mon psychologue est à la veille de me sacrer là», déplore-t-il. D'ex-soldats qui gardent des séquellesPatrick Lagacé Membre du Royal 22e régiment, de 1989 à 1996 et de la police militaire, de 1998 à 2010. Il a quitté l'armée pour des raisons de santé mentale, en 1996 et a été libéré en 2010 pour un trouble de stress post-traumatique. Dany Godbout Membre du 12e régiment blindé, notamment à Chypre (1990-1991) et en Bosnie (1993-1994). Il a subi une fracture de la colonne vertébrale en Bosnie. Sylvain Chartrand Réserviste de 1989 à 2010, dans un régiment blindé et aux communications. Il a servi à Chypre (1990) et en Bosnie (1993). Il souffre de stress post-traumatique sévère et d'anxiété généralisée. Carlos Robert Steiner Réserviste dans l'infanterie avec les Canadian Grenadier Guards de 1988 à 1994 et déployé en Bosnie, en 1993, avec le Royal 22e régiment. Il souffre d'un trouble de stress post-traumatique. Louis Dufour Membre du Royal 22e régiment, de 1988 à 1993 et de 1995 à 2000, ainsi que du Régiment aéroporté de 1993 à 1995. Il souffre de stress post-traumatique et a vécu une dépression majeure. Sa médication lui cause des tics nerveux. Il a aussi des maux de dos et de genoux. TOP 5 DES MALADIES CHEZ LES ANCIENS COMBATTANTS*Hypoacousie 26 944 cas Acouphène 15 640 cas Discopathie lombaire 10 849 cas Affection intra-articulaire du genou 9478 cas État de stress post-traumatique 6754 cas * Un vétéran peut souffrir de plus d'une maladie __________ Publié le 05 décembre 2011 à 16h33 | Mis à jour à 16h42
Le comité indépendant mis sur pied pour étudier l'impact de l'uranium appauvri sur la santé des soldats canadiens aura 18 mois pour évaluer si les soins de santé offerts aux vétérans sont suffisants. Longuement débattue voilà dix ans, la question de l'uranium appauvri a refait surface dans l'actualité voilà un mois quand un ancien militaire, Pascal Lacoste, a mené une grève de la faim pour forcer Ottawa à en reconnaître la dangerosité. L'ex-militaire déployé en Bosnie durant les années 1990 se plaint de troubles de santé qu'il attribue à son exposition au produit radioactif. Le gouvernement fédéral a toujours refusé de faire le lien entre ces problèmes et l'uranium appauvri utilisé dans certaines munitions et du blindage, mais le ministre des Anciens combattants, Steven Blaney, avait tout de même accepté de mettre sur pied un comité indépendant pour revoir la question. Le comité comptera cinq membres, dont deux militaires à la retraite. Leur rapport est attendu d'ici juin 2013. Après l'uranium, le ministre a indiqué que l'expertise du comité sera utilisée pour évaluer l'ensemble des soins offerts aux anciens combattants, notamment quant au stress post-traumatique. «Traditionnellement, notre ministère a desservi des vétérans de la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre de Corée et on veut s'assurer que nos programmes répondent aux besoins des vétérans de l'ère moderne», a précisé M. Blaney. Pascal Lacoste s'est dit satisfait de la création hier du comité. «Laissons la chance au coureur. On ne peut pas juger un arbre sans voir ses fruits. Au moins, ils prennent le temps de se pencher sur la question plutôt que le nier simplement», a-t-il réagi. source -> http://www.cyberpresse.ca/ __________ maj.: 6 janvier 2012
Des mois après sa grève de la faim, Pascal Lacoste a l'impression que rien n'a changé. Six demandes d'aide financière viennent de lui être refusées par le ministère des Anciens combattants. «C'est le même bordel qui continue», déplore le vétéran avec lassitude. Ses demandes d'aide financière liées à une intoxication à l'uranium appauvri lui ont été refusées. Le ministère soutiendrait que ces problèmes n'ont pas de lien avec son service militaire. Il a entamé une grève de la faim le 5 novembre pour faire reconnaître ce type d'intoxication, dont il se dit victime après avoir servi en Bosnie, et obtenir des soins adéquats. Elle a pris fin trois jours plus tard après un accord avec le ministre des Anciens combattants. Steven Blaney s'est engagé à fournir un traitement en fonction de ses besoins spécifiques et à mettre sur pied un comité sur la santé des vétérans, dont le premier sujet d'étude sera l'uranium appauvri. Un combat à recommencer En décembre, le militaire a subi des examens en ergothérapie et rhumatologie, ainsi qu'une évaluation psychologique. «Je ne sais pas où ça va mener. Ils ont refusé de parler d'uranium. Ils ont dit être là pour parler de mes douleurs et ma fatigue chronique», raconte M. Lacoste. Il a lui-même pris rendez-vous dans une clinique qui traite les gens intoxiqués aux métaux lourds en Nouvelle-Écosse. Selon lui, les soins seront remboursés par la Régie de l'assurance maladie du Québec, et non pas le ministère. Le ministre se défend «Nous encourageons M. Lacoste à faire confiance aux spécialistes du ministère», déclare Jean-Christophe De Le Rue, porte-parole du ministre Blaney. Il souligne que les soins sont basés sur les plus récentes données scientifiques, ce qui ne correspond pas toujours à ce que peut croire un patient. M. de le Rue considère que le ministre a respecté son engagement en mettant sur pied le comité sur la santé des vétérans le 5 décembre. Il soutient toutefois qu'aucune étude scientifique ne démontre que l'exposition à l'uranium appauvri n'a d'incidence sur la santé. Les travaux du comité, formé d'experts en recherche sur la santé, dont deux anciens combattants, débuteront d'ici la fin du mois. source -> http://fr.canoe.ca/ | ||||||||||||||||||||||||








