Critique de la Banque DSR dans l’optique de Smedley Butler et Ludwig von Mises.

La Banque de la Défense, de la Sécurité et de la Résilience (DSR ou DSRB) est une institution multilatérale en projet, soutenue par des États démocratiques (notamment dans le cadre OTAN et alliés). Elle vise à mobiliser des capitaux pour financer à long terme et à faible coût les capacités de défense, de sécurité et de résilience des pays participants, en agissant comme une banque de développement dédiée à l’armement et aux chaînes d’approvisionnement associées. Propriété exclusive d’États-nations, elle cherche à décharger les budgets nationaux tout en stimulant l’industrie de défense.

Cette initiative, présentée comme un outil de « sécurité collective », peut être critiquée sévèrement à travers les lentilles de Smedley Butler (général américain, auteur de War is a Racket, 1935) et de Ludwig von Mises (économiste libéral autrichien, critique de l’interventionnisme et du militarisme).

Perspective de Smedley Butler : un racket institutionnalisé

Smedley Butler, vétéran décoré de multiples interventions américaines, dénonçait la guerre comme un « racket » : un système où une petite élite (industriels, banquiers, politiciens) tire des profits colossaux pendant que le peuple paie en vies, impôts et destructions. « La guerre est un racket. C’est le seul où les profits se mesurent en dollars et les pertes en vies. » Il décrivait comment les contrats de guerre permettent des marges de 100 %, 300 % ou plus, loin des 6–12 % normaux en temps de paix.

La Banque DSR incarnerait parfaitement ce racket modernisé et multilatéralisé :

  • Socialisation des coûts, privatisation des profits : Les États (et donc les contribuables) injectent du capital « callable » et garantissent les risques. Cela permet aux entreprises de défense (et aux banques partenaires comme JPMorgan) d’accéder à un financement bon marché et abondant pour produire armes, munitions et infrastructures de « résilience ». Les profits iront aux actionnaires privés de l’industrie, tandis que les risques de défaut ou de surendettement seront mutualisés entre nations. Butler verrait ici une extension du « complexe militaro-industriel » qu’il avait déjà dénoncé dans les années 1930.

  • Lobbying et influence : Le projet est porté par des figures issues de la finance, de l’OTAN et de la diplomatie. Il crée un canal permanent de financement qui institutionnalise l’intérêt pour la préparation à la guerre ou à des tensions prolongées. Au lieu de contrats ponctuels gonflés en temps de conflit, on obtient un flux continu de capitaux publics vers le secteur privé de l’armement.

  • Victimes invisibles : Les « pertes en vies » ne sont pas immédiates, mais le détournement de ressources (capitaux, talents, production) vers le militaire réduit les investissements productifs civils. Les contribuables paient indirectement via la dette publique ou l’inflation, tandis qu’une poignée d’acteurs (défense, finance) s’enrichit.

Butler conclurait probablement que la DSR n’est pas une banque de « défense », mais une machine à racket collective, plus sophistiquée que les rackets nationaux qu’il avait observés.

Perspective de Ludwig von Mises : interventionnisme, militarisme et destruction de la paix

Mises voyait dans le militarisme et l’interventionnisme étatique les ennemis de la société de marché. La paix repose sur la division internationale du travail et l’échange volontaire ; la guerre et le préparatif de guerre en sont l’antithèse. L’interventionnisme (subventions, réglementations, inflation, nationalisme économique) mène à l’autarcie, aux conflits et à l’État-providence guerrier qui remplace l’État minimal. « La paix, et non la guerre, est la mère de toutes choses. Seule l’action économique a créé la richesse qui nous entoure. » Le marché favorise la coopération pacifique ; l’État interventionniste transforme les citoyens en guerriers.

Appliquée à la DSR, cette critique est dévastatrice :

  • Interventionnisme financier et distorsion : En créant une banque multilatérale dédiée au secteur de la défense, on détourne des capitaux du marché libre vers des usages politiquement prioritaires. Les taux « bas » et les garanties d’État faussent l’allocation des ressources : l’argent va à l’armement plutôt qu’à des biens de consommation, infrastructures productives ou innovation civile. Cela réduit la prospérité générale (calcul économique faussé) et renforce la dépendance à l’État.

  • Militarisme institutionnalisé et nationalisme : La DSR renforce le bloc « démocratique » face à d’autres puissances, mais elle perpétue la logique des alliances militaires et de la course aux armements. Mises critiquait le nationalisme économique et le protectionnisme qui mènent à la guerre ; ici, c’est un interventionnisme supranational au service du même but. Au lieu de laisser le marché et le commerce créer des interdépendances pacifiques, on construit des capacités de destruction collective financées par la contrainte (impôts, dette).

  • Inflation et État obèse : Le financement « hors bilan » ou à bas coût cache mal la réalité : cela repose sur la crédibilité des États participants et, ultimement, sur leur capacité à taxer ou à monétiser la dette. Mises, opposé à l’expansion du crédit et à l’inflation, y verrait un pas de plus vers l’économie de guerre permanente, où l’État s’agrandit au détriment de la liberté individuelle et de la propriété privée.

  • Illusion de la « sécurité collective » : Mises était sceptique face aux organisations internationales bureaucratiques (Société des Nations, etc.). La DSR crée une nouvelle couche d’intervention qui rend la guerre plus « abordable » et donc plus probable à long terme, en atténuant les contraintes budgétaires qui pourraient forcer les gouvernements à la prudence.

Synthèse : un outil pour un État guerrier hypertrophié

Du point de vue combiné de Butler et Mises, la Banque DSR n’est pas une solution à l’insécurité, mais une aggravation structurelle du problème. Elle institutionnalise le racket militaro-industriel à l’échelle multilatérale (Butler) tout en approfondissant l’interventionnisme qui nourrit le militarisme et détruit les bases économiques de la paix (Mises). Au lieu de réduire la taille de l’État et de favoriser le commerce libre, elle crée un canal privilégié pour canaliser l’épargne forcée des citoyens vers la préparation à la violence organisée.

Dans un monde idéal libéral, la défense resterait minimale, financée par des impôts transparents et limitée à la protection des droits individuels, sans banque dédiée ni complexification multilatérale qui échappe au contrôle démocratique national. La DSR risque plutôt de perpétuer un cycle où la « sécurité » justifie toujours plus d’État, plus de dette et plus de profits pour les insiders — au détriment de la prospérité et de la véritable paix.

C’est, en somme, un racket habillé en institution vertueuse.

Grok

Le Piège de Thucydide (Thucydides Trap en anglais) est un concept géopolitique très influent qui décrit le risque majeur de guerre lorsqu’une puissance montante menace de supplanter une puissance établie.

Origine

L’expression vient de l’historien grec Thucydide (Ve siècle av. J.-C.), qui a écrit La Guerre du Péloponnèse. Dans son ouvrage, il explique les causes profondes du conflit entre Athènes (la puissance montante) et Sparte (la puissance dominante de l’époque) :

« Ce qui rendit la guerre inévitable, ce fut la croissance de la puissance athénienne et la peur qu’elle inspira aux Lacédémoniens [Spartiates]. »

Même si les deux cités avaient des raisons immédiates de se disputer (alliances, incidents, etc.), Thucydide identifie la structure profonde du système comme la cause principale : la peur et le changement de rapport de force.

Le concept moderne

Le politologue américain Graham Allison a popularisé et systématisé cette idée en 2017 dans son livre Destined for War: Can America and China Escape Thucydides’s Trap? (« Destinés à la guerre : l’Amérique et la Chine peuvent-elles échapper au piège de Thucydide ? »).

Définition simple :
Quand une puissance émergente s’approche rapidement du niveau de la puissance dominante, la tension structurelle devient énorme. La puissance établie a peur de perdre sa primauté, la puissance montante se sent frustrée par l’ordre existant qu’elle n’a pas créé. Cette dynamique rend le conflit très probable, même si ni l’une ni l’autre ne le veut vraiment.

Les chiffres d’Allison

Allison a étudié 16 cas historiques de ce type depuis le XVIe siècle :

  • 12 cas ont abouti à la guerre.
  • 4 cas ont évité la guerre (exemples notables : États-Unis vs Royaume-Uni au début du XXe siècle, ou la montée pacifique de l’Allemagne de l’Ouest et du Japon après 1945).

Application contemporaine principale

Aujourd’hui, le Piège de Thucydide est surtout utilisé pour décrire les relations États-Unis ↔ Chine :

  • La Chine est la puissance montante la plus rapide de l’histoire moderne (croissance économique spectaculaire, modernisation militaire, ambitions technologiques et régionales).
  • Les États-Unis sont la puissance établie qui domine le système international depuis 1945.

Beaucoup de tensions actuelles (Taïwan, mer de Chine méridionale, technologie, commerce, alliances) s’expliquent en partie par cette dynamique structurelle.

Nuances importantes

  • Ce n’est pas une fatalité. Allison lui-même insiste : la guerre n’est pas inévitable, mais elle est le résultat le plus probable si les dirigeants ne gèrent pas activement cette transition.
  • Le piège n’est pas seulement militaire : il est aussi économique, technologique, idéologique et culturel.
  • Des facteurs aggravants : nationalisme, malentendus stratégiques, incidents imprévus (comme l’assassinat de l’archiduc en 1914).
  • Des facteurs atténuants : armes nucléaires (dissuasion), interdépendance économique très forte, institutions internationales.

En résumé

Le Piège de Thucydide n’est pas une théorie du complot ou une prophétie, mais une mise en garde structurelle : quand le rapport de puissance change rapidement, la probabilité de conflit augmente fortement, même entre des acteurs rationnels. L’histoire montre qu’il faut une grande sagesse, des concessions mutuelles et une diplomatie habile pour y échapper.

C’est l’un des concepts les plus utilisés (et débattus) en relations internationales depuis une dizaine d’années, notamment dans les think tanks américains et chinois.

Grok

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