«vestiges» d'un ancien site web

invasions barbares

brocexco wrote:
> J'ai vu ce samedi le film les "invasions barbares", qui montre un hopital
> surchargé, les couloirs bondés de malades sans chambres, et des expéditions
> aux USA pour faire des examens plus performants qu'au Quebec.

> Ma question: La situation de la Santé est elle aussi catastrophique au
> Québec, ou s'agit-il d'une caricature?

La situation de la santé au Québec était préoccupante,
la couverture médiatique était quasi journalière,
mais le terme caricature est excessif dans le sens
où le film, qui est la suite d'un autre:
«le déclin de l'empire américain».
C'est une «méthaphore cinématographique»
qui échappe à ceux qui n'ont d'autre intérêt
de l'histoire que celle du Québec.

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pour une analyse plus approfondie ;-)
ps.: je n'ai pas encore vu le film
c'est probablement la cause
de mon manque de
«perspective»

Les Invasions barbares - L'historien qui ne comprend rien à l'histoire

Daniel Couture, Lac-Etchemin
LE DEVOIR mardi 27 mai 2003

Tous les «istes» et attributs de l'affiche publicitaire du dernier Arcand sont les réelles invasions barbares, l'aurait-on perçu? Mais le «isme» superbement absent qui les résume tous, parfaitement et intégralement, qui personnifie exactement «le» barbare, le «barbare subtil», le ver qui ronge de l'intérieur, ruinant toute
civilisation digne de ce nom, toute politique justifiée, toute éthique universelle, toute pensée et tout discours vrais, le «isme» des «ismes», c'est le sophisme.

[...] Il est un petit peu question du sens de la vie et de la mort dans Les Invasions barbares. Les dialogues, souvent drolatiques, sont parfois philosophiques, inscrits dans une intellectualité «résolument moderne». Mais on me permettra une digression philosophique nécessaire : il n'y a aucun discours «moderniste» qui fut élaboré et soutenu sans incorporer les postulats de la modernité allemande. Mais ces chers Allemands ont été viscéralement incapables de penser autre chose qu'une chimère romantico-scientifique. En tant qu'il porte un discours, le film Les Invasions barbares assume ces postulats de la pensée allemande qu'on peut décrire selon les appellations génériques suivantes : le «subjectivisme de la connaissance» et le «relativisme desvaleurs».

Or il s'agit là des deux plus grands sophismes jamais inventés, des deux plus barbares énormités qu'on a fait gober au monde, des fautes les plus meurtrières de l'histoire qui, après avoir anéanti les millions de vies dont parle le film, atteignent l'âme des civilisations composées d'hommes et de femmes qui n'en
finissent plus d'être morts d'insignifiance.

Je me sens en droit de dire que Rémy est un historien qui ne comprend rien à l'histoire. Les horreurs de l'histoire n'en font pas une histoire d'horreur. Car l'être humain a le temps, au sens le plus strict; nous le possédons, et
la juxtaposition cinématographique des faits de l'histoire ne fournit aucune intuition de son sens, comme dirait Bergson. Le genre humain a le temps pour être ce qu'il est et le temps a l'humanité pour donner sa mesure. «L'homme est la mesure de toutes choses» de Protagoras n'est pas un postulat relativiste, mais une vérité
profonde.

Les coups de gueule de Rémy-coureur-de-jupons ne portent pas la moindre trace d'un début de lucidité face au temps qu'on a -- lui qui, pourtant, devrait en être au stade où on prend le temps de réfléchir avant de parler. Mais j'avoue que le confort indifférent de l'isolation dans l'héroïne dispense assez efficacement du besoin de réfléchir avec fécondité en rencontrant la réalité. La réalité est un continuum : nulle chose ni personne n'est isolée, et c'est l'isolement qui sécrète l'absurde. «Donnez-moi deux lignes de l'écriture d'un homme et je le ferai pendre»,
déclarait le terrible Laubardemont; de même, avec des faits isolés, on trouve très aisément ce qu'il faut pour déclarer que le passé des civilisations est une histoire d'horreur.

Les Invasions barbares requiert une suite pour répondre au cynisme arrosé de vin et de relations d'amitiés individualistes de son propos. Car le discours des Invasions barbares est faux, et il vaudrait mieux se faire à l'idée que c'est la vérité qui aura le dernier mot. Évidemment, la critique encense le film : l'esthétisme romantique dégénéré, autrement dit «l'attrait subjectif» de la construction du
discours, est devenu le seul critère de sa valeur.

Mais quand vous entendez nos bons acteurs dire des paroles intelligentes dans les Invasions, dites-vous bien que ce sont elles, les barbares... 

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ce que je disais (?)
PERSPECTIVE!

Les Invasions barbares et l'histoire

José del Pozo
Professeur d'histoire latino-américaine UQAM
LE DEVOIR lundi 26 mai 2003

Lettres: Montréal, le 22 mai 2003

Dans le beau film d'Arcand, Les Invasions barbares, le personnage principal, professeur universitaire d'histoire, reproche à la religieuse qui visite les malades à
l'hôpital le fait que les catholiques espagnols et portugais annihilèrent des millions d'Indiens à l'époque coloniale, dans une tuerie qu'il compare aux génocides du XXe siècle.

Une telle comparaison est une belle phrase dans la bouche du personnage, mais elle ne s'adapte pas à la réalité historique. Je ne cherche ni à cacher ni à disculper la cupidité des conquistadores en Amérique espagnole, mais s'il est vrai qu'ils provoquèrent la mort de milliers d'indigènes à la suite de travaux forcés, surtout dans les premières années de la Conquête, la disparition massive des indigènes s'explique par l'introduction de maladies apportées par les Européens, processus non prévu et non planifié. Les Couronnes espagnole et portugaise n'avaient nullement l'intention d'exterminer ces Indiens qui constituaient un bassin de
main-d'oeuvre précieux, qui devait être préservé. Et sauf dans des situations spéciales, les Indiens ne furent pas traités en tant qu'esclaves, mais bien en tant que sujets du Roi. Exploités, acculturés et méprisés, ils le furent, sans doute, mais pas éliminés consciemment. De la sorte, on ne peut pas comparer cette situation avec les génocides du XXe siècle, la tuerie délibérée et systématique de certaines ethnies, réalisée par une politique d'État, comme ce fut le cas des Allemands et des Turcs contre les Juifs et les Arméniens. Il y a des libertés que les artistes prennent pour parler de certains sujets, qui peuvent aider à réfléchir sur l'histoire et la société, mais qui ne doivent pas être prises à la lettre par le public.

_________________________________________ 

athena7 

Autres options 6 oct 2003, 13:28
Groupes de discussion : qc.politique
De : athe...@globetrotter.net
Date : Mon, 06 Oct 2003 17:28:22 GMT
Local : Lun 6 oct 2003 13:28
Objet : Re: Santé et Invasions barbares. est-ce realiste?
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athe...@globetrotter.net wrote:
> athe...@globetrotter.net wrote:

> > athe...@globetrotter.net wrote:

> > > brocexco wrote:

> > > > J'ai vu ce samedi le film les "invasions barbares", qui montre un hopital
> > > > surchargé, les couloirs bondés de malades sans chambres, et des expéditions
> > > > aux USA pour faire des examens plus performants qu'au Quebec.

> > > > Ma question: La situation de la Santé est elle aussi catastrophique au
> > > > Québec, ou s'agit-il d'une caricature?

> > > La situation de la santé au Québec était préoccupante,
> > > la couverture médiatique était quasi journalière,
> > > mais le terme caricature est excessif dans le sens
> > > où le film, qui est la suite d'un autre:
> > > «le déclin de l'empire américain».
> > > C'est une «méthaphore cinématographique»
> > > qui échappe à ceux qui n'ont d'autre intérêt
> > > de l'histoire que celle du Québec.

> > pour une analyse plus approfondie ;-)
> > ps.: je n'ai pas encore vu le film
> > c'est probablement la cause
> > de mon manque de
> > «perspective»

> > Les Invasions barbares - L'historien qui ne comprend rien à l'histoire

> > Daniel Couture, Lac-Etchemin
> > LE DEVOIR mardi 27 mai 2003

> > Tous les «istes» et attributs de l'affiche
> > publicitaire du dernier Arcand sont les réelles invasions
> > (...)

> ce que je disais (?)
> PERSPECTIVE!

> Les Invasions barbares et l'histoire

> José del Pozo
> Professeur d'histoire latino-américaine UQAM
> LE DEVOIR lundi 26 mai 2003

> Lettres: Montréal, le 22 mai 2003

> Dans le beau film d'Arcand, Les Invasions barbares, le personnage principal,
> professeur
> universitaire d'histoire, reproche à la religieuse qui visite les malades à
> l'hôpital le fait que les
> catholiques espagnols et portugais annihilèrent des millions d'Indiens à l'époque
> coloniale,
> dans une tuerie qu'il compare aux génocides du XXe siècle.(...)

si les invasions sont la suite du déclin faudrait peut-être voir ce qui a mené au déclin voici mon hypothèse: le «déclin de l'empire américain» était un film exutoire
pour évacuer les «impressions Séguienne innexactes» et les «Invasions barbares» une orientation sur la profondeur historique

Arcand parle ici de son ancien prof d'histoire « L’essentiel pourtant de sa pensée était que la nation canadienne-française était trop petite et trop faible pour pouvoir jamais prétendre à l’indépendance en même temps que trop protégée et trop enracinée pour espérer une assimilation rapide. C’était donc un peuple condamné à la médiocrité perpétuelle jusqu'à ce que le poids de la démographie et les pressions de l’empire américain le relèguent finalement aux oubliettes de l’histoire.» Il n’a pas tort, mais il n’a pas entièrement raison. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas complètement vrai ou exact. Il faudrait décrocher un jour de ces
impressions que les cours de Séguin auraient pu engendrer. (ce passage est tiré du 7e paragraphe)

http://www.vigile.net/ds-deshaies/docs3/03-6-5-2.html
Denys Arcand, cinéaste récemment couronné à Cannes pour son film Les Invasions barbares, nous remémore quelques souvenirs de ses maîtres d’histoire à l’Université de Montréal au début de la décennie 1960. Son témoignage remonte à 1987.

À l’occasion de certaines entrevues, il arrive souvent de faire allusion au
département d’histoire de l’Université de Montréal et de rappeler le souvenir de Maurice Séguin, son professeur d’histoire du Canada du samedi matin.

Ainsi, lorsqu’il a été interviewé récemment par Jean-Paul Soulié de La Presse, le journaliste nous a rappelé que « l’ancien étudiant en histoire de Maurice Séguin à l’Université de Montréal, devenu documentariste et cinéaste, n’a pas perdu son sens de l’analyse sociale. »* Pour nous en donner une idée, il cite les propos suivants : « Les baby-boomers, c’est la génération qui est venue après moi. Le seul truc qui les caractérise, c’est leur nombre. Ils ne sont qu’un phénomène démographique. » Le journaliste résume certaines autres idées en ces termes : «
L’importance démesurée que se sont accordée ces baby-boomers a fait d’eux des nombrilistes impénitents. » Et Arcand de déclarer : « Ils ont l’habitude de recevoir toute l’attention, par exemple dans les hôpitaux. Mais ils ne sont ni plus brillants ni plus intéressants que qui que ce soir : ils sont seulement plus nombreux.»

Revenons à Maurice Séguin. En effet, Arcand a été impressionné par les trois historiens de l’École de Montréal. Dans son témoignage de 1987, il n’hésite pas à nous le dire. Il nous rappelle l’importance du cours qu’il a suivi de Maurice Séguin le samedi matin à l’Université de Montréal portant « sur les normes historiques ». Sur ce cours, il manifeste toute son admiration d’une manière non équivoque dans son témoignage. « J’ai passé à peu près dix-huit ans de ma vie à étudier et je n’ai suivi qu’un seul grand cours : c’était celui-là. Nous étions face à face avec un
homme qui avait consacré sa vie entière à réfléchir sur le destin des nations colonisées. [...] Encore aujourd’hui, ses axiomes sur la tripolarité (politique,
économique, culturelle) des sociétés me paraissent toujours aussi lumineux. »

Arcand se demande « comment écrire quoi que ce soit » au sujet de son maître Séguin qui « n’écrivait presque jamais ». Il esquisse une réponse. « Je vois, écrit-il, comme extrêmement significatif que notre plus grand historien ait été un historien
muet. Notre histoire a quelque chose d’indicible. » Ce témoignage est particulièrement lourd : notre plus grand historien national est silencieux. Pourquoi ? Le témoin ose nous présenter une explication. « Maurice Séguin avait une vision tragique de notre situation. Et ses pensées étaient si désespérantes qu’elles
expliquent peut-être aussi son silence. »

Certes, Maurice Séguin était un être singulier. Cependant, le professeur
Séguin était un très grand maître. Il ne guidait pas, il ne conduisait pas,
il demandait plutôt ceci : « Réfléchissez, méditez. Rien ne sert de se tuer
à prendre des notes si c’est là l’obstacle à l’intelligence du cours. »** De
plus, le maître savait apprécier la qualité de ses étudiants et étudiantes.
Trop humble pour l’admettre, il était un « motivateur » extraordinaire. Le
témoignage de Denys Arcand me paraît sans équivoque tout autant que
le témoignage d’André Lefebvre.*** (Nous verrons pour madame Tatiana Démidoff-Séguin au DOC. no 2 de l’ANNEXE.)

Mais il reste qu’il importe de dissiper une ambiguïté profonde au sujet de
l’interprétation historique de Maurice Séguin. De nombreux étudiants et
étudiantes, des cours de Séguin, sont restés sur certaines impressions
dont le témoignage d’Arcand est une bonne illustration. ...
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PS.: il y avait un cours du soir au cégep sur l'histoire de la civilisation occidentale... je le recommande