Élections 2012:
Impressions finales de la campagne


4 SEPTEMBRE 2012


La campagne des trois principaux partis:

PLQ : Continuité.  Nous avons bien fait, nous continuerons de faire de même.  La gestion tranquille du modèle québécois, n'en rien changer mais trouver les moyens de le financer, comme par exemple en haussant certains tarifs.  On revient sans cesse sur la relative bonne performance de l’économie depuis 2008 mais on oublie de dire deux choses : 1. Cette bonne performance a été celle du Canada dans son ensemble et le Québec n’a pas particulièrement brillé et 2.  Il y a eu une augmentation colossale de la dette: on s'est donc acheté un peu de croissance au prix d'une croissance moindre dans le futur.

Le PLQ a parlé à l’électeur qui a une claire aversion au risque.  La stratégie aurait pu être gagnante mais après neuf ans de pouvoir et au milieu d'un climat de suspicion méritée ou non méritée à tort ou à raison, cela risque fort de ne pas fonctionner.

PQ : L’économie a été absente de la plateforme et des préoccupations.  Un discours presque Québec solidaire: On va prendre dans la poche des riches pour donner aux autres.  On va taxer davantage les méchantes minières qui «pillent nos ressources».  Pour le reste, on va, comme les libéraux, gérer tranquillement le modèle québécois mais à la différence près qu’on ne se préoccupera même pas de le financer adéquatement, la campagne du PQ reposant sur un triple gel des tarifs (droits de scolarité universitaires, frais de garde, électricité).  Pas viable à long terme mais «who cares»?  Pour se distinguer de Québec Solidaire on a donc martelé un discours identitaire musclé en proposant que Big Brother définisse ce qu’est un Québécois idéal, quitte à enlever des droits à celui qui n'est pas conforme au moule : par exemple le finissant du secondaire qui pense judicieux d'ajouter une corde à son arc en allant au collège St-Lawrence à Québec, à Dawson ou John Abbot sur l’île de Montréal ou à Champlain à St-Lambert; ou encore au candidat potentiel à un poste de conseiller municipal dans le West Island dont le français n'est que marginalement plus élaboré que l’anglais de Pauline Marois, ou à l’immigrant potentiel chinois ayant appris le français mais n'ayant pas eu la chance de naître à Bordeaux. 

Le PQ n’a parlé qu’à son électeur type, quelqu'un qui se sent à gauche mais qui est en même temps hyper nationaliste, blanc, franco et catholique non pratiquant.  On a ainsi importé au Québec un discours finalement assez apparenté à celui de certains partis peu présentables de l'extrême-droite européenne, en le maquillant bien sûr du sceau de notre soi-disant modération et de nos récriminations et peurs historiques de peuple minoritaire.  Si cette stratégie peut gagner cette fois, c'est seulement par ce que notre système électoral est conçu pour le bipartisme, et que les électeurs qui s’opposent à cette vision rétrécie de la «québécitude» s’éparpilleront ce soir entre différents partis.

CAQ: Le seul parti qui a parlé de réformer le modèle québécois.  Le seul parti qui a parlé d’augmenter son efficacité.  Le seul parti aussi qui a parlé du pouvoir de blocage des réformes des syndicats.   Ce message porteur a toutefois été dilué dans un torrent de propositions coûteuses et par la promotion d’un nationalisme économique jugé périmé par plusieurs.  

Un bon point pour la CAQ : Avoir parlé à l’ensemble des Québécois, qu’ils soient anglophones, francophones ou immigrants récents.  Pour moi, ce discours rassembleur a constitué une grande et belle surprise de la campagne. La CAQ s’est imposée comme l’alternative au PQ pour tous ceux qui veulent changer de gouvernement sans pour autant sombrer en même temps dans l'identitaire compulsif ou la «souverainite» aiguë.   La CAQ a manqué de temps et de moyens mais on pourrait quand même avoir des surprises ce soir.

Temps forts de la campagne:

Les débats : Françoise David dans le premier (elle s’est imposée contre Pauline Marois sur le flanc gauche), François Legault dans le dernier contre Pauline Marois (il s’est imposé sur son flanc droit). Dans un Québec où pour l’instant tout se définit par rapport au PQ (comme en Argentine on se définit par rapport au péronisme), c’est là que réside pour moi l’avenir: un débat entre la gauche romantique qui habite encore une bonne partie de notre population et une droite réformatrice responsable et équitable, qui peu à peu est en train de rallier une masse critique d’électeurs mais qui lutte encore contre des préjugés tenaces.

Temps faibles de la campagne:

Les aller-retours incessants de la campagne de Pauline Marois (loi 101, référendums d’initiative populaires, etc.) dictés par le manque de réalisme d’une plateforme imposée par des militants qui voulaient il y a un an à peine mettre leur cheffe à la porte.        


Le futur

Élection de transition mais dangereuse, surtout si elle se solde par un gouvernement péquiste majoritaire ou minoritaire mais capable de se maintenir avec les voix de 2-3 députés solidaires.  Pourrait constituer le dernier sursaut des défenseurs du temple par ce que les conditions économiques qui s'annoncent seront rudes et que la division que l’on encouragera entre les Québécois mettra les nerfs de tout le monde à l'épreuve.

La construction de l’alternative réformatrice, ouverte sur le monde et respectueuse de la riche diversité réelle du Québec passera-t-elle par une CAQ mieux préparée et mieux focalisée sur 2 ou 3 enjeux, sur un PLQ reconstruit ou même sur une forme d’union des forces anti-péquistes ?  Sur l'apparition d'une nouvelle formation ? Voilà de grandes questions auxquelles l'avenir devra répondre.

Il reste que l’on peut quand même encore être surpris ce soir, alors que la prime à l’urne pourrait encore porter la CAQ ou même le PLQ minoritaire au pouvoir.  L'une ou l'autre de ces  deux alternatives sera toujours préférable à celle d'un gouvernement du PQ sans stratégie économique et cultivant la division des Québécois entre les bons et les mauvais.   

source -> http://martincoiteux.blogspot.ca/


Économiste, professeur à HEC Montréal, collaborateur régulier au journal La Presse et chroniqueur économique à l'émission Maurais Live sur CHOI-FM Radio X (Québec, Montréal et Saguenay).