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Le parti des sommets
Pauline Marois s’est engagé jeudi à tenir un sommet sur le financement des universités dans les 100 premiers jours qui suivront l’élection de son parti.
Le PQ aime les sommets. Ils incarnent sans doute des idéaux de consensus, de concertation et de paix sociale. Il s’agit de réunir dans une conférence les « partenaires sociaux» et la « société civile » pour discuter, vendre et imposer les politiques du gouvernement.
J’ai un certain nombre de problèmes avec cette façon de gouverner.
Elle donne d’abord un pouvoir considérable aux corps intermédiaires comme les syndicats, groupes sociaux et autres associations représentant des clientèles et intérêts particuliers. Je vois ici deux types de problèmes : il y a des millions de personnes qui n’appartiennent à aucun groupe ou association et ceux qui y adhèrent ne suivent pas nécessairement « la ligne » de leurs dirigeants. Par exemple, il y a seulement 25,3 % des travailleurs du secteur privé qui sont syndiqués au Québec, mais il n’y a que la FTQ et la CSN qui devraient parler au nom de tous les travailleurs. De la même manière, veut-on me faire croire que les millions de locataires du Québec s’estiment représentés par le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) ?
Je trouve aussi absurde cette idée que des consensus sont faciles et souhaitables entre personnes aux intérêts divergents. Évidemment, les patrons et les syndicats discutent, parlementent et signent des contrats de travail à chaque semaine, mais leurs positions sont très éloignées quand on parle du code du travail ou des politiques fiscales, pour ne prendre que ces exemples. Le jeu démocratique est l’expression des rapports de forces sociaux, pas besoin de leur substituer ces grandes messes médiatiques.
Il y a aussi dans notre régime parlementaire des mécanismes prévus pour l’expression des différents points de vue et l’amendement des projets de lois. Tous peuvent être entendus en commission parlementaire, mais il est clair que ce sont les élus du peuple qui prendront les décisions finales. Un gouvernement qui en prend trop de mauvaises sera tôt ou tard remplacé.
Le gouvernement libéral s’est prêté au grand jeu des sommets en décembre 2010 quand il a organisé une rencontre des partenaires de l’éducation pour discuter du dégel des droits de scolarité. Que s’est-il passé ? L’ASSÉ (CLASSE) a boycotté et les autres organisations étudiantes et centrales syndicales se sont retirées quand le gouvernement a fait connaître sa politique. Dans son budget de mars 2011, le gouvernement aurait-il dû renoncer à une hausse des droits de scolarité universitaire après un gel de 13 ans parce que la FTQ, la CSQ, la CSN et les associations universitaires n’étaient pas d’accord ? Si vous dites OUI, c’est que vous leur accorder la même importance qu’aux élus du peuple.
L’autre dogme entourant ces grands sommets, c’est la sauvegarde de la « paix sociale ». Cet argument me fait l’impression d’une tactique d’extorsion. Il se résume finalement à demander à l’autre partie – en l’occurence le gouvernement élu – de céder aux demandes exprimées sous peine de provoquer le bordel. S’exprimer, convaincre, négocier, manifester et boycotter font partie du jeu démocratique. Mais que dirait-on d’un gouvernement qui cède à chaque fois qu’une opposition se manifeste ?
Pour éviter tout anicroche, Pauline Marois a indiqué qui seraient les participants à ce sommet sur l’éducation. Les représentants des étudiants constitueraient le tiers des participants, le gouvernement l’autre tiers et « la société civile» l’autre tiers. Les militants étudiants, un gouvernement qui est favorable au gel des frais de scolarité et des centrales syndicales qui rêvent à la gratuité scolaire intégrale : voilà une recette magique pour dégager un puissant « consensus social » en faveur du maintien des frais de scolarité les plus bas du continent.
Un éventuel gouvernement péquiste pourrait nous épargner ce cinéma pour revenir au gel ou imposer une modeste indexation. Son élection – sa seule élection – lui en donnerait l’autorité et le mandat.

