Hypothèse Jérôme-Forget

« Les PPP, ça sauve la fraude » - Monique Jérôme-Forget

Mise à jour le lundi 3 octobre 2011 à 6 h 49 HAE

Monique Jérôme-Forget« Pourquoi pensez-vous que toutes les firmes étaient contre moi? Et qu'elles se sont arrangées pour convaincre le gouvernement que ce n'était pas bon? Elles savaient qu'avec ça [les PPP], tu ne peux pas frauder », a affirmé Monique Jérôme-Forget au quotidien Le Devoir.
L'ancienne ministre responsable des Infrastructures soutient que les firmes de génie-conseil ont fait un « gros lobby » auprès du gouvernement Charest et l'ont convaincu d'arrêter de faire des partenariats public-privé (PPP).
« Les PPP, ça sauve la fraude. Et les dépassements de coûts. Ce qui fait que les ingénieurs n'aiment pas ça », soutient-elle.
Mme Jérôme-Forget a notamment été présidente du Conseil du Trésor et ministre responsable de l'Administration gouvernementale dans le cabinet Charest de 2003 à 2008, ministre des Finances de 2007 à 2009, et ministre responsable des Infrastructures de décembre 2008 au 8 avril 2009,date de sa démission, quelques mois après sa réélection.
De l'avis de Mme Jérôme-Forget, les PPP entraînent une concurrence accrue et impliquent trop d'intervenants pour permettre la fraude. « Tout se sait, tout se suit, il y a des témoins dans tout. »
De plus, le fait que le financement soit privé « signifie que les firmes qui réalisent le projet [...] sont responsables [et] vont surveiller leur affaire ». Aussi, avec les PPP, « impossible d'aller chercher des extras », soutient l'ancienne ministre, aujourd'hui conseillère au cabinet d'avocats Osler, Hoskin & Harcourt, à Montréal.
La mode des PPP
Peu de temps après l'élection des libéraux, en avril 2003, Québec a mis sur pied l'Agence des partenariats publics-privés. Rapidement, cette nouvelle structure a suscité des débats sur les rapports entre l'État et le privé et créé la controverse, notamment dans les dossiers du CHUM et du CUSM à Montréal.
À l'automne 2009, quelques mois après la démission de Mme Jérôme-Forget, le gouvernement Charest a mis fin à cet organisme controversé pour en créer un nouveau : Infrastructure Québec. Son mandat est d'encadrer la planification et la réalisation des grands travaux publics d'une valeur de plus de 40 millions de dollars réalisés en mode conventionnel ou en mode public-privé, lequel ne doit représenter qu'environ 10 %.
Radio-Canada.ca avec
Le Devoir

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D'une grande compétence et d'une grande intelligence, Monique Jérôme-Forget était toutefois reconnue pour son manque de sensibilité à l'endroit des retraités des secteurs public et parapublic, situation qui a été partiellement corrigée par les engagements de son chef M. Jean Charest durant la dernière campagne électorale à l'effet de consulter les associations de retraités de l'État à propos de leurs régimes de retraite. 

On retiendra malheureusement que Mme Jérôme-Forget quitte à la suite du dévoilement de pertes historiques de près de 40 milliards de dollars à la Caisse de dépôt et placement du Québec. On retiendra également que son dernier geste politique a été de refuser de répondre en commission parlementaire aux questions fondamentales à propos des pertes de la Caisse et de masquer ce refus par l'annonce précipitée d'une nouvelle direction à la Caisse. Son départ ne fait qu'ajouter au climat malsain qui règne actuellement dans toute cette affaire et justifie d'autant plus la tenue d'une commission d'enquête.


Madelaine Michaud, présidente de l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic - AQRP)

source -> http://www.lautrevoix.com/
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Plus de concurrence et de PPP?

Première publication 3 octobre 2011 à 18h56

Faire jouer davantage la concurrence. C’est ce que suggèrent plusieurs experts pour sortir les finances publiques de l’impasse tout en maintenant les services.
Une plus grande efficacité devrait passer par une ouverture accrue au marché concurrentiel : voilà le mot d’ordre du colloque des entretiens Jacques Cartier que se tenait lundi sur les solutions pour accroître la productivité.
« La venue d’autres organisations pour fournir un service public favorise le partage des meilleures pratiques et assainit le marché. La concurrence permet d’afficher des prix qui reflètent vraiment la qualité du service rendu », explique Marcel Boyer, professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Montréal.
« Cela ne signifie pas privatiser pour autant, mais encourager les contrats entre le secteur public et privé », précise-t-il. Pour le professeur, l’une des clés pour améliorer la productivité dans le secteur public est de favoriser les partenariats public-privé (PPP) dans le développement et le maintien des infrastructures.
Le gouvernement actuel lésine cependant sur les PPP, déplore Monique Jérôme-Forget, en entrevue avec le « Devoir ». Selon l’ancienne ministre libérale, le gouvernement aurait baissé les bras devant le lobby puissant des firmes de génie-conseil, hostiles à ce genre de partenariats.
La Présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, rétorque que le gouvernement emploie tous les moyens nécessaires pour choisir les projets au meilleur prix.
Près de 1,5G$ ont été consacrés depuis deux ans à ces partenariats. Sept d’entre eux sont actuellement en cours : le pont de l’autoroute 25, le CHUM, l'autoroute 30, la nouvelle salle de l’OSM, le Centre universitaire de santé McGill, le Centre de recherche du CHUM et le CHSLD Champlain.
Le Québec en proie à de nombreux défis
Pour les économistes, le Québec fonce dans un mur. Les dépenses en soins de santé augmentent de 6 à 7 % par année tandis que les revenus totaux de l’économie connaissent une croissance de 2 à 3 %.
En ajoutant à cela une population vieillissante, et donc de moins en moins capable de participer à l’économie, le Québec s’en va dans une impasse, considère Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal.
Au 1er juillet, la population des 65 ans et plus, au nombre de 1,25 million, dépassait pour la première fois celle des 15 ans et moins (1,24 million).
« Nous ne pouvons pas indéfiniment accroître nos revenus en taxant davantage la population. Nous risquerions de miner notre compétitivité. D’un autre côté, la tendance n’est pas non plus à la réduction des services publics. Le seul moyen d’équilibrer notre budget, c’est de livrer ces services de manière plus efficace », explique-t-il.
Le Québec en aurait bien besoin. La province produisait environ 48,56 $ par heure travaillée en 2009, ce qui la classe en 19e position des pays de l’OCDE, derrière l’Islande. La Norvège produit 98,86 $ par heure travaillée, les États-Unis, 64,91 $ et la France 66,98 $.
Caroline.pailliez@tva.ca